Audience du PDG au palais présidentiel : la députée Justine Lekogo dénonce une confusion entre parti et État

Publié le Par Narcisse Mauny - Mis à jour :

La députée Justine Kassi Kassi Lekogo n’a pas mâché ses mots après la réception d’une délégation du PDG au palais présidentiel de Libreville. Si elle ne conteste pas le droit du chef de l’État de rencontrer les responsables d’une formation politique, elle s’insurge contre les conditions dans lesquelles cette audience s’est déroulée. La présence de participants portant les signes distinctifs de leur parti constitue, à ses yeux, une mise en scène incompatible avec la neutralité attendue des institutions.

L’audience accordée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema aux responsables et militants du Parti démocratique gabonais (PDG) continue de susciter des réactions. Dans une tribune publiée le samedi 31 octobre 2026, la députée Justine Kassi Kassi Lekogo critique la présence de militants arborant les couleurs de leur formation politique au palais présidentiel. L’élue y voit une confusion préoccupante entre les institutions de la République et les activités partisanes, au risque de raviver des pratiques que le changement de régime du 30 août 2023 était censé faire disparaître.

« Le Palais de la République n’est pas le siège d’un parti politique. Et le Président de la République n’est pas le président d’un comité de soutien », affirme-t-elle. Pour la parlementaire, Brice Clotaire Oligui Nguema doit conserver, dans l’exercice de ses fonctions, une posture au-dessus des appartenances partisanes. Elle s’interroge également sur le rôle de son entourage dans l’organisation de cette rencontre.

Pourquoi le PDG et pas l’UDB ?

Pour illustrer son propos, Justine Lekogo établit un parallèle avec l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), formation politique du président de la République. Elle demande si une délégation de ce parti, accompagnée de militants en tenue officielle, aurait pu être accueillie dans les mêmes conditions au palais présidentiel. Une comparaison destinée à souligner ce qu’elle considère comme une différence de traitement difficilement justifiable.

L’élue insiste sur la distinction entre les activités politiques et les responsabilités institutionnelles. Selon elle, le président peut dialoguer avec toutes les sensibilités sans transformer la présidence de la République en cadre de manifestation partisane. Son intervention ne vise donc pas à remettre en cause l’existence du PDG, mais à rappeler les exigences attachées à la fonction présidentielle.

Le spectre des pratiques d’avant le 30 août 2023

La députée inscrit également sa critique dans le contexte du changement de régime intervenu au Gabon le 30 août 2023. Elle rappelle que la rupture annoncée à cette occasion devait notamment mettre fin à la confusion entre le parti au pouvoir, l’administration et les institutions publiques. Pour elle, certaines images de cette audience donnent le sentiment d’un retour à des habitudes autrefois dénoncées.

« Alors, lorsque nous assistons à des scènes qui rappellent autant les pratiques que nous dénoncions, nous sommes en droit de nous interroger : qu’avons-nous réellement changé ? », lance-t-elle. Derrière cette interrogation, Justine Lekogo exprime la crainte que les engagements de renouvellement politique ne se traduisent pas suffisamment dans le fonctionnement quotidien de l’État.

Des conseillers présidentiels directement interpellés

La parlementaire dirige enfin ses critiques vers les collaborateurs du chef de l’État, auxquels elle reproche implicitement de ne pas avoir mesuré la portée symbolique de cette réception. « Le Président de la République doit être protégé de ce genre de confusion. Ceux qui l’entourent et le conseillent doivent comprendre qu’en lui organisant de telles scènes de célébration partisane au Palais, ils ne le renforcent pas. Ils fragilisent son image », prévient-elle.

Justine Lekogo conclut sa tribune par une mise en garde sur la cohérence entre les engagements politiques et leur application. « La rupture ne peut pas être une promesse faite au peuple et une exception accordée aux puissants », écrit-elle. Une formule qui résume sa position : la volonté de changement proclamée depuis août 2023 doit, selon elle, se traduire par une séparation effective entre les intérêts des partis et les institutions de la République.

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